OURCE

 

Roland Chassain persiste et signe. Aux légisatives de Juni 2012, le maire (UMP) des Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-Rhône) avait préféré se retirer du second tour pour « faire battre » le socialiste Michel Vauzelle en duel face à une candidate du Front National.

 

Les menaces de sanction de sa direction sont restées lettre morte.

 

« La clé du succès d’une droite forte et décomplexée », c’est d’« ouvrir le dialogue »avec les militants du FN, insiste-t-il. Dans un courrier, révélé par Marianne.net, adressé le 17 mai à Jean-François Copé, il raille les « ténors de l’UMP » qui « ne se soucient guère des militants et adhérents et encore moins des préoccupations de nos concitoyens ».

 

Dans cette région où la présence et le poids électoral du parti lepéniste sont forts, la question des alliances taraude la droite. Roland Chassain invoque la nécessité de « passerelles » quand la ligne officielle est de ne nouer aucun accord. Les responsables locaux de l’UMP l’assurent : « Chassain, c’est l’exception qui confirme la règle. » « Il ne s’est pas remis de sa défaite aux législatives de 2007″, où il avait perdu son siège de député, lâche un de ses collègues, laissant entendre que l’attitude du maire des Saintes-Maries ne serait dictée que par le dépit.

 

A l’approche des élections municipales de 2014, les pressions se font cependant de plus en plus fortes. « Les ténors de l’UMP continuent à  dire qu’ils n’ont rien à voir avec nous. Les électeurs, et même certains responsables, commencent à en avoir ras-le-bol de ce suicide collectif. Ils s’interrogent et nous le font savoir », assure Stéphane Ravier, le secrétaire de la fédération des Bouches-du-Rhône du FN.

 

LE VAR FAIT OFFICE DE LABORATOIRE

 

Des glissements sont-ils possibles ? A n’en pas douter, ils sont déjà à l’œuvre et, de ce point de vue, le département du Var, où le parti d’extrême droite ne cache pas ses ambitions de conquérir quelques municipalités, fait office de laboratoire. L’UMP, rongée par ses divisions internes, a bien du mal à résister à la poussée du FN. Philippe Vitel, secrétaire départemental de l’UMP, le reconnaît. « Le FN avance, il est très structuré, il a des candidats implantés et profite des divergences à droite, admet le député. Il y a des militants qui nous disent : ‘Pourquoi vous ne vous unissez pas ? L’ennemi, c’est la gauche !’ Mais si on s’amuse à ça, c’est nous qui sommes morts. »

 

Lui a fait le choix de rejoindre le collectif de la Droite populaire, qui surfe sur des thèmes proches de ceux du FN. « Si on ne veut pas voir nos électeurs partir chez eux, il faut avoir un discours qui leur parle », assure-t-il. Ce qui n’a pas empêché le FN de progresser  spectaculairement dans sa propre circonscription. « Je suis hanté par ce tiers d’électeurs qui avaient voté pour moi en 2007 et ont voté pour le Front en 2012, avoue M. Vitel. Qu’est-ce que je leur ai fait, moi ? Je suis Droite populaire. On tient pourtant des propos assez avancés. Visiblement, ça ne suffit pas. Si on ne réagit pas, la fuite est inexorable. » Des propos qui révèlent le désarroi d’une partie de la droite face à son extrême.

 

Le FN veut briguer 40 communes varoises

 

Une gauche qui s’effondre, une droite en mal de repères, le FN prospère dans ce département. En trois ans, il a multiplié par cinq le nombre de ses militants. Avec plus de 2 500 adhérents encartés, le Var est devenu la plus grosse fédération du FN, devant les Bouches-du-Rhône. Là où, en 2008, le parti lepéniste avait présenté quatre listes, il envisage, aux prochaines municipales, de franchir la barre des quarante. Avec quelques réelles chances de succès.

 

Trois communes sont particulièrement visées : Brignoles, Six-Fours et Fréjus. Brignoles, dans le Haut-Var, est la deuxième ville du département, après La Seyne-sur-Mer, encore détenue par la gauche. « Il faut qu’on protège Brignoles des griffes du FN », plaide le maire sortant, Claude Gilardo  (PCF), qui ne se représentera pas. La droite, quant à elle, se cherche un candidat et la députée (UMP) de la circonscription, Josette Pons, sollicitée, n’est pas très chaude pour se sacrifier.

 

De même, à Fréjus, l’UMP est en quête d’un candidat crédible pour succéder à Elir Brun, le maire sortant (UMP), pris dans des affaires judiciaires. « Il ne faut pas que Brun ait le pouvoir  de nuire, soupire M. Vitel, sinon le FN est un danger majeur. » David Rachline, conseiller régional, conduira la liste du FN. A Six-Fours, c’est Frédéric Boccaletti, le secrétaire départemental du FN, qui sera tête de liste. Aux élections cantonales de 2011, il avait obtenu 49 % des suffrages.

 

« TOUTES LES BARRIÈRES EXPLOSENT »

 

« Les lignes bougent », se félicite ce dernier, qui s’est fixé pour objectif que le Var soit le premier département, en termes d’élus, pour le FN. D’autant que le parti lepéniste a été rejoint par d’anciens militants ou cadres de l’UMP qui conduiront ses listes dans plusieurs communes : Olivier Thomas  à Sanary, Philippe de la Grange au Luc, Jean-Bernard Formé  à Lorgues, Damien Guttierez à La Seyne-sur-Mer. La situation dans cette ville, où la droite se déchire au point d’avoir commandé un sondage pour départager ses candidats, pourrait faire  le jeu du FN.

 

Dans des petites communes de moindre importance, comme Callas, Rians ou Pourrières, ce sont des maires divers droite qui contactent le FN pour obtenir  son soutien et des candidats sur leurs listes. Là où le FN avait des élus « dormants », non affichés comme tels, il entend désormais que ces soutiens soient visibles.« Toutes les barrières explosent », se réjouit M. Boccaletti. Et l’UMP désespère de trouver la parade.

 

 

Source : Le Monde