Nouvelle polémique dans le monde du football : Faut-il interdire aux joueurs de se prosterner ou de se signer sur les stades ?
La FIFA n’aurait pas apprécié la joie teintée d’une trop grande ferveur religieuse exprimée par les joueurs brésiliens après leur victoire sur les Etats-Unis en finale de la Coupe intercontinentale 2009 en Afrique du Sud. C’est pourquoi elle aurait adressé un ‘‘sévère avertissement’’ aux Brésiliens pour leur demander de modérer quelque peu l’expression de leur foi religieuse sur les stades.
C’est Jim Stjerne Hansen ,le président de la fédération danoise de football qui aurait saisi la FIFA. Le responsable danois a trouvé que l’expression de ferveur religieuse des Brésiliens a duré trop longtemps. ‘‘Un tel niveau de confusion entre la religion et le sport n’est absolument pas acceptable… Nous ne laisserons pas les considérations politiques et religieuses investir les stades’’, a-t-il déclaré.
Les joueurs brésiliens sont-ils vraiment fautifs ? Il faut d’abord relever que jusqu’à présent les signes religieux effectués par les joueurs après avoir marqué un but - signe de croix ou prosternation pour les joueurs musulmans - ne suscitaient pas de réactions négatives. Au contraire, jusqu’à la protestation danoise, précédée en février dernier par une fatwa de religieux saoudiens, la chose allait de soi.
La FIFA et les religieux saoudiens sur la même longueur d’ondes
Le plus piquant est que le président de la fédération de football du Danemark est pratiquement sur le même registre que les religieux saoudiens qui n’aiment pas trop que les joueurs musulmans se prosternent dans le stade. La prosternation serait ‘‘la yadjouz’’ (haram) au motif qu’elle serait préjudiciable à l’Islam. L’auteur de cette fatwa émise en février dernier est le Dr Salah Ben Mekbal Al-Osseïmi, de l’association du Fiqh en Arabie Saoudite. Il a estimé qu’un tel geste est en soi répréhensible. Il considère que la prosternation pourrait être perçue par le public comme une provocation, dans le cas par exemple où le joueur musulman évolue en championnat européen.
Religieux saoudiens contre Al Azhar
La fatwa saoudienne a été vivement contestée par un religieux d’Al Azhar, le Dr Gouda Abdelghani Bassiouni, qui estime légitime au plan religieux que des joueurs puissent se prosterner pour remercier Allah. ‘‘Le joueur qui marque un but considère cela comme un bienfait dont il remercie le seigneur… La prosternation des joueurs de football rentre dans l’application de la religion et n’est donc pas une chose répréhensible.’’
La polémique ne fait que commencer : le point de vue d’un philosophe
Juste après avoir battu les Etats-Unis en finale de la Coupe des Confédérations, les Brésiliens avaient remercié Dieu, principal artisan, selon eux, de leur victoire. T-shirts ‘‘I Belong to Jesus’’, ‘‘Dione meu amor’’, prière dans le rond central et autres démonstrations d’amour envers le Christ. Comme tout le monde, la FIFA a vu ça, et leur a envoyé un petit courrier pour leur demander de se modérer un peu. L’occasion pour le site sofoot.com de s’entretenir avec Frédéric Lenoir, philosophe (auteur de “Socrate, Jésus et Bouddha” aux éditions Fayard) autour de la question religieuse dans le football.
Que pensez-vous de la réaction de la Fifa ?
Tous les sportifs font des gestes religieux. Ribéry porte par exemple ses mains au visage lorsqu’il marque, tel le prêtre coranique. Alors à partir du moment où la Fifa veut légiférer, elle doit le faire à tous les niveaux, collectif et individuel.
La Fifa ne parle pas de légiférer, mais demande au Brésiliens de se modérer.
Oui, il est difficile d’éliminer le rapport si personnel de croyance ou de superstition. Un individu ou un groupe a toujours besoin de se transcender.
C’est tout de même différent quand il s’agit comme là de tout un groupe, de toute une équipe, non ?
Déjà, il faudrait voir s’il n’y avait pas au sein de ce groupe un individu que ça gène, car là ce serait autre chose, après, bon, s’ils sont tous d’accord et en osmose avec ça, alors pas de problème. Mais c’est vrai qu’à partir du moment où c’est collectif, ça me gène.
Le président de la fédération danoise, Jim Stjerne, a dit que la religion n’avait pas sa place dans le football.
Oui, car le foot est déjà une religion, il y a concurrence. Mais dire cela est un réflexe un peu idiot : la croyance est partout. Certains footballeurs, beaucoup sans doute même, ont besoin d’un peu plus que le rationnel pour avoir une confiance totale. D’où ces rituels. L’homme, donc le footballeur, ne peut pas se passer de rituels ou de croyances. Pour les Brésiliens, c’est Dieu ; pour d’autres, ce n’est pas Dieu.
La Fifa a envoyé une lettre aux Brésiliens, mais, comme l’a remarqué Nicola Legrottaglie, pas aux Egyptiens, qui célébraient eux aussi Dieu.
Ils ont du avoir peur d’être taxés d’islamophobie. C’est plus facile de s’attaquer aux catholiques.
Quel est la volonté de la Fifa derrière cette lettre, un football laïc ?
Ils doivent avoir peur que le phénomène se généralise. Et ils n’ont pas tort, ces manifestations peuvent tendre au communautarisme. Si d’autres voient les Brésiliens faire ça, ils peuvent faire pareil, et lors d’une confrontation directe, ça pourrait poser problème.
D’ailleurs, Brésil- Arabie Saoudite, qui gagne ?
(Rires) Dieu, évidemment. A la fin, c’est toujours lui qui gagne, de toute façon.
Sources : Le Quotidien d’Oran, So Foot
BIVOUAC-ID



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